L'art de bĂątir des ponts entre l'Afrique et le monde...

Photo D.R.

L’art de bĂątir des ponts entre l’Afrique et le monde

Dans le paysage des entrepreneurs africains de la diaspora, certains noms ont marquĂ© leur Ă©poque par leur capacitĂ© Ă  anticiper les mutations du continent. Celui de Fatim Sow Thiam appartient Ă  cette catĂ©gorie. Bien avant que les notions d’« afro-optimisme », d’« Afrique Ă©mergente » ou de « marque Afrique » ne s’imposent dans les discours Ă©conomiques, cette SĂ©nĂ©galaise installĂ©e aux États-Unis avait dĂ©jĂ  entrepris de construire des passerelles entre les talents africains et les marchĂ©s internationaux.

La crĂ©ation de Sahelia Ă  New York en 2004 illustre cette intuition prĂ©coce. À une Ă©poque oĂč les produits africains peinaient encore Ă  trouver leur place dans les circuits commerciaux occidentaux, l’entreprise se donnait pour mission de promouvoir les savoir-faire, les crĂ©ations et les initiatives venues du continent. Le projet ne relevait pas seulement de l’import-export. Il portait dĂ©jĂ  une vision : celle d’une Afrique capable de produire de la valeur, de l’innovation et de l’excellence.

Cette dĂ©marche s’inscrivait dans une dynamique plus large. Les annĂ©es 2000 voient Ă©merger une nouvelle gĂ©nĂ©ration de professionnels africains formĂ©s dans les grandes universitĂ©s occidentales mais dĂ©sireux de maintenir un lien fort avec leur continent d’origine. IngĂ©nieure diplĂŽmĂ©e de Cornell University puis titulaire d’un MBA de Harvard Business School, Fatim Sow Thiam reprĂ©sente cette Ă©lite mondialisĂ©e qui refuse de choisir entre enracinement africain et carriĂšre internationale.

Contrairement Ă  d’autres entrepreneurs de la diaspora attirĂ©s par les secteurs les plus mĂ©diatiques, elle a progressivement orientĂ© son parcours vers l’accompagnement humain et le leadership. Cette Ă©volution n’est pas anodine. Elle traduit une conviction : le dĂ©veloppement Ă©conomique ne repose pas seulement sur les capitaux ou les infrastructures, mais Ă©galement sur la qualitĂ© des dirigeants et leur capacitĂ© Ă  naviguer dans un environnement complexe.

Aujourd’hui, son activitĂ© de coach exĂ©cutive Ă  New York s’adresse Ă  des cadres, dirigeants et entrepreneurs confrontĂ©s aux dĂ©fis des transitions professionnelles et personnelles. Son approche se distingue par une forte dimension psychologique, inspirĂ©e notamment des travaux de Carl Jung et de la rĂ©flexion sur le dĂ©veloppement personnel.

Ce positionnement peut surprendre dans un monde des affaires souvent dominĂ© par la recherche de performance immĂ©diate. Pourtant, il correspond Ă  une tendance de fond. Les entreprises accordent dĂ©sormais davantage d’importance Ă  l’intelligence Ă©motionnelle, Ă  la rĂ©silience et Ă  la capacitĂ© d’adaptation des dirigeants. Dans ce contexte, l’expĂ©rience multiculturelle de Fatim Sow Thiam constitue un atout singulier.

Son parcours permet Ă©galement de mesurer l’Ă©volution du regard portĂ© sur les femmes africaines dans l’univers Ă©conomique international. Longtemps cantonnĂ©es Ă  des rĂŽles secondaires dans les rĂ©cits entrepreneuriaux, elles occupent aujourd’hui une place croissante parmi les dĂ©cideurs, les investisseurs et les crĂ©ateurs d’entreprise. Sans rechercher une forte exposition mĂ©diatique, Fatim Sow Thiam participe Ă  cette transformation silencieuse.

Sa trajectoire rĂ©vĂšle enfin une autre rĂ©alitĂ© : celle d’une diaspora africaine dont l’influence ne se limite plus aux transferts financiers vers les pays d’origine. De plus en plus, cette diaspora exporte des compĂ©tences, des rĂ©seaux et des mĂ©thodes de management susceptibles d’enrichir les Ă©conomies africaines.

À travers Sahelia hier et le coaching de dirigeants aujourd’hui, Fatim Sow Thiam poursuit au fond le mĂȘme objectif : favoriser la circulation des idĂ©es, des talents et des opportunitĂ©s entre l’Afrique et le reste du monde. Une dĂ©marche discrĂšte mais cohĂ©rente, qui tĂ©moigne d’une vision de long terme.

Dans une Ă©poque marquĂ©e par les replis identitaires et les tensions gĂ©opolitiques, son parcours rappelle qu’il existe une autre forme d’influence : celle qui consiste Ă  crĂ©er des liens plutĂŽt qu’Ă  Ă©riger des frontiĂšres.

MAURICETTE AQUEREBURU

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