Ă lâheure oĂč lâAfrique affiche lâun des taux les plus Ă©levĂ©s dâentrepreneuriat fĂ©minin au monde, une question demeure : pourquoi si peu dâentreprises dirigĂ©es par des femmes parviennent-elles Ă franchir le cap de la croissance et Ă devenir des acteurs Ă©conomiques majeurs ? Câest prĂ©cisĂ©ment Ă cette problĂ©matique que sâest attaquĂ©e Yasmin Belo-Osagie, entrepreneure nigĂ©riane et cofondatrice de She Leads Africa (SLA), devenue en une dĂ©cennie lâune des plateformes les plus influentes dĂ©diĂ©es Ă lâaccompagnement des femmes africaines.
Ă travers son parcours, Yasmin Belo-Osagie incarne une nouvelle gĂ©nĂ©ration de leaders africaines convaincues que lâautonomisation Ă©conomique des femmes nâest pas seulement une question dâĂ©quitĂ©, mais Ă©galement un impĂ©ratif de dĂ©veloppement pour le continent.
Une Ă©lite formĂ©e pour rĂ©ussir ailleurs⊠qui choisit lâAfrique
NĂ©e aux Ătats-Unis et Ă©levĂ©e au Nigeria, Yasmin Belo-Osagie bĂ©nĂ©ficie dâun parcours acadĂ©mique parmi les plus prestigieux. DiplĂŽmĂ©e de lâUniversitĂ© de Princeton, elle dĂ©bute sa carriĂšre au sein du cabinet de conseil McKinsey & Company avant de poursuivre des Ă©tudes Ă Harvard Law School et Ă la Stanford Graduate School of Business.
Rien ne semblait alors la destiner Ă lâentrepreneuriat social. Comme beaucoup de jeunes diplĂŽmĂ©s africains issus des grandes universitĂ©s occidentales, elle pouvait envisager une carriĂšre confortable dans les multinationales ou la finance internationale.
Mais au contact du terrain africain, elle identifie un paradoxe : le continent regorge de femmes ambitieuses, diplĂŽmĂ©es et porteuses dâidĂ©es innovantes, mais celles-ci peinent Ă accĂ©der aux rĂ©seaux, aux financements et Ă la visibilitĂ© nĂ©cessaires pour dĂ©velopper leurs projets.
Cette réalité va progressivement orienter son engagement.
Le déclic : changer le récit sur les femmes africaines
En 2014, avec sa partenaire ghanéenne Afua Osei, elle lance She Leads Africa.
Lâambition est claire : rompre avec les reprĂ©sentations rĂ©ductrices des femmes africaines souvent prĂ©sentĂ©es comme des victimes ou des bĂ©nĂ©ficiaires passives de programmes dâaide. Pour Yasmin Belo-Osagie, il existe une autre Afrique, composĂ©e de femmes entrepreneures, innovatrices, dirigeantes et crĂ©atrices de richesse.
« LâAfrique possĂšde le taux dâentrepreneuriat fĂ©minin le plus Ă©levĂ© au monde », rappelle-t-elle rĂ©guliĂšrement. Pourtant, ces initiatives demeurent souvent sous-financĂ©es et insuffisamment valorisĂ©es.
She Leads Africa se donne alors pour mission de combler ce fossé. à travers des programmes de formation, des événements, du mentorat et des contenus numériques, la plateforme aide des milliers de femmes à développer leurs compétences professionnelles et entrepreneuriales.
Lâentrepreneuriat comme outil de transformation
La pensĂ©e de Yasmin Belo-Osagie se distingue par son pragmatisme. Contrairement Ă certaines approches centrĂ©es exclusivement sur les enjeux sociaux, elle dĂ©fend une vision profondĂ©ment Ă©conomique de lâautonomisation fĂ©minine.
Selon elle, soutenir les entrepreneures africaines ne relĂšve pas seulement de la justice sociale. Il sâagit aussi dâun formidable levier de croissance.
« Personne ne se battra pour votre rĂ©ussite Ă votre place », affirme-t-elle souvent Ă lâattention des jeunes entrepreneures.
Cette philosophie encourage les femmes Ă devenir actrices de leur propre destin professionnel. Elle insiste sur la nĂ©cessitĂ© de dĂ©velopper lâaudace, la rĂ©silience et la capacitĂ© Ă prendre des risques.
« CrĂ©er sa propre entreprise, surtout dans un marchĂ© Ă©mergent, est trĂšs diffĂ©rent du travail dans une grande entreprise. Il faut apprendre Ă ĂȘtre Ă lâaise avec le risque », explique-t-elle.
Ce discours trouve un Ă©cho particulier auprĂšs dâune gĂ©nĂ©ration de jeunes Africaines confrontĂ©es Ă des marchĂ©s de lâemploi parfois saturĂ©s et Ă des systĂšmes Ă©conomiques en mutation rapide.
Créer des écosystÚmes plutÎt que des success stories isolées
Lâune des originalitĂ©s de Yasmin Belo-Osagie rĂ©side dans sa comprĂ©hension des mĂ©canismes qui favorisent lâĂ©mergence de leaders Ă©conomiques.
Pour elle, le succĂšs ne dĂ©pend pas uniquement du talent individuel. Il repose Ă©galement sur lâexistence dâĂ©cosystĂšmes capables de soutenir la croissance des projets.
Câest pourquoi She Leads Africane se limite pas Ă la formation. La plateforme facilite Ă©galement les rencontres entre entrepreneures, investisseurs, experts et mentors. Lâobjectif est de crĂ©er des communautĂ©s capables de gĂ©nĂ©rer des opportunitĂ©s durables.
Cette approche sâest rĂ©vĂ©lĂ©e particuliĂšrement pertinente dans un contexte oĂč lâaccĂšs aux rĂ©seaux professionnels demeure lâun des principaux obstacles rencontrĂ©s par les femmes africaines.
Une vision de lâĂ©lĂ©vation collective
Au-delà de son succÚs personnel, Yasmin Belo-Osagie défend une conception du leadership fondée sur la transmission.
Pour elle, la rĂ©ussite dâune femme ne prend tout son sens que lorsquâelle contribue Ă ouvrir des portes Ă dâautres femmes.
« Les femmes doivent comprendre que leurs horizons sont illimitĂ©s et quâelles peuvent aller bien au-delĂ de leurs attentes grĂące au travail, Ă la persĂ©vĂ©rance et Ă la dĂ©termination », dĂ©clarait-elle dans une interview consacrĂ©e Ă lâentrepreneuriat fĂ©minin africain.
Cette conviction explique sans doute lâinfluence grandissante quâelle exerce aujourdâhui auprĂšs des jeunes professionnelles du continent.
Dans une Afrique en pleine transformation dĂ©mographique et Ă©conomique, Yasmin Belo-Osagie apparaĂźt ainsi comme lâune des architectes dâune nouvelle gĂ©nĂ©ration de leadership fĂ©minin. Un leadership qui ne se contente pas dâoccuper des postes de pouvoir, mais qui cherche Ă crĂ©er les conditions permettant Ă dâautres femmes dâaccĂ©der elles aussi Ă leur plein potentiel.
Câest peut-ĂȘtre lĂ sa contribution la plus durable : avoir dĂ©montrĂ© que lâĂ©lĂ©vation individuelle peut devenir un puissant moteur de transformation collective.
