Il y a des femmes dont la voix porte. Et puis il y a celles qui utilisent leur voix pour faire porter celle des autres. EloWalha appartient Ă cette seconde catĂ©gorie. Ă Kinshasa comme sur les scĂšnes internationales, elle sâest construite une identitĂ© professionnelle singuliĂšre, Ă la croisĂ©e du leadership, de la formation, de lâentrepreneuriat, de la communication et de la transmission. Elle appartient Ă cette gĂ©nĂ©ration de femmes africaines qui ne veulent plus choisir entre plusieurs talents, mais cherchent au contraire Ă les faire dialoguer afin dâĂ©lever leurs semblables.
Son parcours commence loin des seules lumiĂšres de la scĂšne. Titulaire dâun master en sciences du travail et spĂ©cialisĂ©e dans les stratĂ©gies liĂ©es Ă lâemploi et Ă la formation, Elo Walha a progressivement construit une expertise autour de lâhumain et du dĂ©veloppement des compĂ©tences. Elle est aujourdâhui directrice gĂ©nĂ©rale de Mwinda Group Consulting, en RĂ©publique dĂ©mocratique du Congo, tout en exerçant comme coach, formatrice, confĂ©renciĂšre et modĂ©ratrice dâĂ©vĂ©nements corporate et diplomatiques.
Cette pluralitĂ© pourrait apparaĂźtre comme une dispersion. Chez elle, elle semble au contraire fonctionner comme une mĂ©thode. La formation lui donne les outils pour transmettre ; le conseil lui permet d’accompagner ; la prise de parole lui permet de convaincre ; la scĂšne lui apprend Ă Ă©couter un public ; l’entrepreneuriat transforme les idĂ©es en projets. Elo Walha revendique ainsi une identitĂ© de « femme multipotentielle », une notion qui prend une rĂ©sonance particuliĂšre dans une Afrique oĂč les trajectoires professionnelles deviennent de plus en plus hybrides.
La voix comme instrument de transmission. Sa notoriĂ©tĂ© publique s’est notamment construite autour de sa voix. Artiste gospel, elle est aussi devenue une figure recherchĂ©e de l’animation et de la modĂ©ration de grands rendez-vous. En 2023, elle a Ă©tĂ© choisie, avec Henri-DĂ©sirĂ© N’zouzi, pour animer la cĂ©rĂ©monie d’ouverture des IXes Jeux de la Francophonie Ă Kinshasa. Dans un stade des Martyrs placĂ© sous le regard de nombreux pays francophones, sa voix a accompagnĂ© l’un des Ă©vĂ©nements les plus visibles de la RDC cette annĂ©e-lĂ .
Mais rĂ©duire Elo Walha Ă son aisance devant un micro serait passer Ă cĂŽtĂ© de l’essentiel. Car sa vĂ©ritable singularitĂ© rĂ©side peut-ĂȘtre dans ce qu’elle fait de cette visibilitĂ© : un levier pour crĂ©er des conversations, mettre en relation des acteurs et porter des problĂ©matiques qui dĂ©passent sa propre personne.
C’est particuliĂšrement visible dans son engagement en faveur de l’Ă©mancipation Ă©conomique des femmes. En
juin 2026, elle a prĂ©sidĂ© le Women-Mines & Leadership Forum organisĂ© dans le cadre de la DRC Mining Week. Le forum Ă©tait consacrĂ© Ă une question trĂšs concrĂšte : comment amĂ©liorer l’accĂšs des femmes du secteur minier au financement, au capital et au microcrĂ©dit ?
Le choix du sujet n’est pas anodin. Dans un secteur stratĂ©gique pour l’Ă©conomie congolaise et africaine, parler de leadership fĂ©minin ne peut se limiter aux discours sur la reprĂ©sentation. Il faut aussi parler d’accĂšs au capital, de formation, de formalisation des entreprises, de garanties et de rĂ©seaux professionnels. Lors des Ă©changes auxquels elle a participĂ© avec Ecobank RDC, ces obstacles ont notamment Ă©tĂ© identifiĂ©s parmi les difficultĂ©s rencontrĂ©es par les femmes entrepreneures.
Ne pas seulement rĂ©ussir, mais faire rĂ©ussir. C’est le cĆur de la philosophie dâElo Walha. La rĂ©ussite individuelle n’a de sens que lorsqu’elle devient transmissible. Elo Walha ainsi fondĂ© Kwendeleya, une association tournĂ©e vers le dĂ©veloppement des compĂ©tences des jeunes. Elle s’inscrit dans une logique de mentorat et d’accompagnement qui fait de la transmission une composante de son parcours. Elle a d’ailleurs rejoint des initiatives de mentorat destinĂ©es Ă accompagner d’autres femmes dans leur Ă©volution professionnelle.
Cette conception du leadership mĂ©rite d’ĂȘtre soulignĂ©e. Pendant longtemps, la rĂ©ussite professionnelle a Ă©tĂ© racontĂ©e comme une ascension individuelle : gravir les Ă©chelons, obtenir des responsabilitĂ©s, occuper une position visible. Une nouvelle gĂ©nĂ©ration de femmes africaines propose un autre rĂ©cit : avancer, certes, mais en crĂ©ant dans son sillage des espaces permettant Ă d’autres d’avancer Ă©galement.
Ălever devient alors une responsabilitĂ©. Le parcours d’Elo Walha raconte Ă©galement quelque chose de la mobilitĂ© des nouvelles Ă©lites africaines. NĂ©e en Belgique et ayant grandi entre plusieurs espaces culturels, elle Ă©volue aujourd’hui entre diffĂ©rents univers professionnels et gĂ©ographiques. Bruxelles, Paris, Houston, Kinshasa ou Dakar apparaissent dans son parcours comme autant de territoires d’expĂ©rience et de circulation.
Cette dimension diasporique nourrit une conception moins cloisonnĂ©e du leadership africain. L’Afrique contemporaine ne se pense plus uniquement depuis ses capitales. Elle se construit Ă©galement Ă travers des femmes et des hommes qui circulent, acquiĂšrent des compĂ©tences ailleurs, puis les rĂ©investissent sur le continent.
Elo Walha appartient Ă cette gĂ©nĂ©ration qui fait de cette circulation une force plutĂŽt qu’une contradiction. Son parcours rappelle une vĂ©ritĂ© simple : le leadership fĂ©minin ne se rĂ©sume ni Ă un titre, ni Ă une fonction, ni Ă une prĂ©sence mĂ©diatique. Il se mesure aussi Ă la capacitĂ© de crĂ©er de la confiance, de transmettre des compĂ©tences et d’ouvrir des portes.
Pour elle « une femme ne grandit jamais autant que lorsqu’elle contribue Ă faire grandir les autres. »
HUGUETTE OTANDAULT