Isabelle Yacoubou AprĂšs les parquets, l'engagement auprĂšs de la jeunesse africaine

L’ancien internationale de basket Isabelle Yacoubou
Photo D.R.

De capitaine de l’équipe de France fĂ©minine de basket Ă  passeuse de flambeau, l’ancienne internationale franco-bĂ©ninoise transforme aujourd’hui son expĂ©rience du trĂšs haut niveau en un combat pour la transmission, l’éducation et l’émancipation de la jeunesse africaine.

Il y a des carriĂšres qui s’achĂšvent avec un dernier match. Et puis il y a celles qui changent simplement de terrain. Pour Isabelle Yacoubou, la retraite sportive n’a jamais signifiĂ© tourner la page du basket. Lorsqu’elle quitte dĂ©finitivement les parquets en 2024, aprĂšs une carriĂšre longue de prĂšs de deux dĂ©cennies, la Franco-BĂ©ninoise ne renonce ni au sport ni aux valeurs qui l’ont construite. Elle change de rĂŽle.

Pendant prĂšs de vingt ans, elle aura connu les plus grandes salles europĂ©ennes, les titres nationaux, l’Euro League, l’Ă©quipe de France et les Jeux olympiques. Avec les Bleues, elle compte 147 sĂ©lections, un titre europĂ©en en 2009 et une mĂ©daille d’argent aux Jeux de Londres en 2012. À Rio, en 2016, elle porte mĂȘme le brassard de capitaine.

Mais rĂ©duire Isabelle Yacoubou Ă  son palmarĂšs serait passer Ă  cĂŽtĂ© de l’essentiel. Ce qui caractĂ©rise son parcours, c’est une certaine conception du collectif.

Le leadership par l’exemple

Être capitaine ne consiste pas seulement Ă  ĂȘtre la joueuse qui parle avant un match ou qui Ă©change avec les arbitres. Dans les propos et les engagements de Yacoubou, une autre dĂ©finition du leadership apparaĂźt : celle de la responsabilitĂ©, de la solidaritĂ© et de la capacitĂ© Ă  entraĂźner les autres avec soi.

Son parcours en tĂ©moigne. ArrivĂ©e du BĂ©nin en France alors qu’elle Ă©tait encore adolescente, elle a dĂ» apprendre Ă  changer de pays, de culture et d’environnement sportif pour se faire une place au plus haut niveau. Elle a connu les pĂ©riodes de gloire comme les blessures, les doutes et les remises en question. Elle revendique d’ailleurs une philosophie fondĂ©e sur l’authenticitĂ© et la rĂ©silience. Dans une interview, elle expliquait prĂ©fĂ©rer rester fidĂšle Ă  ses valeurs plutĂŽt que chercher Ă  ĂȘtre apprĂ©ciĂ©e Ă  tout prix.

Cette franchise constitue probablement l’une des clĂ©s de son leadership. Elle ne cherche pas Ă  prĂ©senter le sport de haut niveau comme un univers de paillettes. Dans son autobiographie GĂ©ante, publiĂ©e en 2023, elle raconte aussi les douleurs physiques, les sacrifices, la maternitĂ© et les rĂ©alitĂ©s moins visibles de la carriĂšre sportive. Elle y souligne notamment son dĂ©sir de montrer l’envers du dĂ©cor du haut niveau et de transmettre ce qu’elle aurait aimĂ© savoir lorsqu’elle a commencĂ©.

Son message est donc plus large que le basket : on ne devient pas une championne uniquement en gagnant des matches ; on le devient aussi en apprenant Ă  traverser les

difficultés.

Une capitaine attachée au collectif

Chez Yacoubou, le mot « collectif » n’est pas une formule. Lorsqu’elle parle de ses annĂ©es en Ă©quipe de France, elle insiste moins sur les statistiques que sur les amitiĂ©s, les rencontres et les expĂ©riences humaines. Elle dĂ©crit les Bleues comme une famille qui a continuĂ© d’exister au-delĂ  des compĂ©titions.

Cette conception explique aussi son intĂ©rĂȘt pour la transmission. Ă€ Tarbes, son club formateur, elle avait dĂ©jĂ  commencĂ© Ă  se rapprocher du rĂŽle d’entraĂźneure en accompagnant de jeunes joueuses. Son ancien encadrement rapportait qu’elle considĂ©rait la transmission comme une dimension naturelle de sa personnalitĂ© et qu’elle cherchait Ă  mettre son expĂ©rience au service des nouvelles gĂ©nĂ©rations.

Lorsqu’une blessure met fin Ă  sa carriĂšre de joueuse, elle choisit donc de ne pas s’Ă©loigner du terrain. Elle entame une reconversion dans l’encadrement et rejoint notamment le staff de l’Ă©quipe de France U16 Ă  l’Ă©tĂ© 2024. Elle avait auparavant observĂ© les entraĂźnements de Tarbes pour prĂ©parer son passage dans le staff du club.

Du ballon Ă  la parole

Sa nouvelle vie professionnelle ne se limite toutefois pas Ă  l’entraĂźnement. Isabelle Yacoubou est devenue une voix recherchĂ©e pour parler de performance collective, de leadership et de reconversion. En fĂ©vrier 2026, elle

intervenait encore devant des dirigeants d’entreprise dans le cadre d’une confĂ©rence consacrĂ©e aux enseignements que le monde Ă©conomique peut tirer du sport de haut niveau. Elle y dĂ©veloppait notamment cinq leviers de la performance collective, avec la confiance et la capacitĂ© Ă  construire un cadre commun au cƓur de son discours.

Elle a Ă©galement poursuivi son activitĂ© mĂ©diatique. AprĂšs avoir Ă©tĂ© consultante pour France TĂ©lĂ©visions lors des Jeux olympiques de Paris 2024, elle a rejoint le dispositif de Prime Video comme consultante NBA pour la saison 2025-2026. Le changement est significatif : hier, elle Ă©tait celle qui jouait. Aujourd’hui, elle analyse, explique, conseille et transmet.

Le Bénin comme nouveau terrain de jeu

Mais c’est probablement en Afrique que sa reconversion prend sa dimension la plus personnelle. NĂ©e au BĂ©nin, Isabelle Yacoubou n’a jamais rompu avec son pays d’origine. Depuis plusieurs annĂ©es, elle dĂ©fend l’idĂ©e que le sport peut ĂȘtre un formidable outil de dĂ©veloppement et d’Ă©mancipation pour la jeunesse africaine.

Elle a notamment rĂ©flĂ©chi Ă  la crĂ©ation d’une acadĂ©mie au BĂ©nin associant basket et Ă©ducation. Elle dĂ©fend Ă©galement l’idĂ©e de soutenir les jeunes joueurs par des Ă©quipements, des formations et des camps, tout en privilĂ©giant dĂ©sormais les enfants les plus jeunes afin de construire un accompagnement durable.

Son discours s’est encore prĂ©cisĂ© en 2026. Au BĂ©nin, elle

plaide pour une meilleure articulation entre Ă©tudes et pratique sportive intensive. Pour elle, un jeune talent ne doit pas sacrifier sa scolaritĂ© au rĂȘve du haut niveau : le sport et l’Ă©ducation doivent avancer ensemble. Elle insiste Ă©galement sur la nĂ©cessitĂ© de mieux former les encadreurs et de mobiliser les compĂ©tences de la diaspora.

Cette vision rĂ©vĂšle une Ă©volution importante. Isabelle Yacoubou ne cherche plus seulement Ă  fabriquer des basketteurs. Elle veut contribuer Ă  former des individus capables de construire leur avenir, qu’ils deviennent ou non des champions.

Une voix pour les jeunes filles

Cette dimension est particuliĂšrement importante pour une ancienne capitaine de l’Ă©quipe de France fĂ©minine.

Yacoubou dĂ©fend depuis longtemps la place des femmes dans le sport et s’intĂ©resse notamment aux conditions permettant aux athlĂštes de concilier carriĂšre et maternitĂ©. Elle a Ă©galement plaidĂ© pour une meilleure prise en compte de la parentalitĂ© dans le sport de haut niveau.

Son engagement dĂ©passe donc la seule question du basket fĂ©minin. Il porte sur la possibilitĂ©, pour une jeune fille africaine, de rĂȘver grand sans avoir Ă  choisir entre Ă©ducation, maternitĂ©, carriĂšre et ambition. Son passage rĂ©cent au Togo illustre cette orientation. En septembre 2026, elle a Ă©changĂ© avec de jeunes basketteuses lors du « Playground Talk » organisĂ© Ă  LomĂ©. Son message Ă©tait

simple : oser rĂȘver, puis se mettre en mouvement. Elle y a Ă©galement insistĂ© sur la discipline, la rigueur et la nĂ©cessitĂ© de mieux structurer le basket fĂ©minin africain.

À 40 ans, l’ancienne « Braqueuse » possĂšde quelque chose que les statistiques ne mesurent pas : l’expĂ©rience d’une femme qui a traversĂ© plusieurs mondes, du BĂ©nin Ă  la France, des terrains africains aux grandes salles europĂ©ennes, des Jeux olympiques Ă  la maternitĂ©, puis de la compĂ©tition Ă  la transmission.Elle a quittĂ© le parquet, mais pas le jeu. Elle en a simplement changĂ© les rĂšgles : dĂ©sormais, sa victoire se mesure Ă  ce qu’elle parvient Ă  transmettre.

MAURICETTE AQUEREBURU

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