AUX ÂMES BIEN NÉES…
Il est des trajectoires qui racontent davantage qu’une réussite individuelle. Celle de Bogolo Kenewendo appartient à cette catégorie. Économiste de formation, négociatrice aguerrie et femme politique botswanaise, elle incarne une génération de dirigeantes africaines qui entendent conjuguer expertise, ambition nationale et transformation économique. À la tête du ministère des Mines et de l’Énergie depuis novembre 2024, elle se trouve au cœur d’un enjeu stratégique : faire des richesses naturelles du Botswana un levier de prospérité durable. Son parcours illustre une conviction : les femmes africaines ne veulent plus seulement accéder aux responsabilités, elles entendent peser sur les décisions qui façonnent l’avenir de leur pays.
Une ascension fondée sur la compétence
Bogolo Kenewendo s’est imposée très tôt dans le paysage politique botswanais. En 2018, à seulement 30 ans, elle devient ministre de l’Investissement, du Commerce et de l’Industrie, sous la présidence de Mokgweetsi Masisi. Sa nomination, alors qu’elle figure parmi les plus jeunes femmes à accéder à de telles responsabilités sur le continent, symbolise l’émergence d’une génération qui revendique une approche pragmatique de l’action publique.
Formée à l’économie, notamment à l’Université du Botswana et à l’Université du Sussex, au Royaume-Uni, elle apporte à la décision politique une culture de l’analyse, de la négociation et de l’ouverture internationale. Son passage au gouvernement lui permet de développer une connaissance des mécanismes du commerce mondial et des rapports de force entre États et acteurs économiques.
Après son retour au gouvernement en 2024, elle hérite d’un portefeuille particulièrement sensible. Dans un pays où les diamants ont longtemps constitué l’un des principaux moteurs de la croissance, la question n’est plus seulement d’extraire et de vendre, mais de capter davantage de valeur au bénéfice de l’économie nationale.
Les diamants, entre héritage et défi économique
Le Botswana a construit une part importante de son développement sur l’exploitation diamantifère. Mais la dépendance à cette ressource expose le pays aux fluctuations de la demande internationale. Le ralentissement du marché mondial des diamants naturels a rappelé les limites d’un modèle économique trop concentré.
Face à cette vulnérabilité, Bogolo Kenewendo défend une stratégie de transformation. Il s’agit de renforcer la transformation locale des minerais, de développer les activités de taille et de polissage, de stimuler les entreprises nationales et de créer davantage d’emplois qualifiés. La négociation avec De Beers, acteur historique de l’industrie diamantifère, s’inscrit dans cette volonté de préserver les intérêts du Botswana tout en maintenant son attractivité internationale.
Cette orientation dépasse la seule industrie du diamant. Le gouvernement mise également sur l’exploration et le développement d’autres ressources, notamment le cuivre et le nickel. L’objectif est de diversifier les revenus, de consolider les chaînes de valeur locales et de réduire progressivement la vulnérabilité de l’économie aux cycles d’un marché unique.
L’énergie, nouvelle frontière de la souveraineté
À la dimension minière s’ajoute celle de l’énergie. Dans un contexte où la transition énergétique mondiale redessine les stratégies industrielles, les ressources du sous-sol africain acquièrent une importance nouvelle. Le cuivre, notamment, est essentiel à de nombreuses technologies électriques.
Pour le Botswana, l’enjeu consiste à articuler exploitation responsable des ressources, sécurité énergétique et développement industriel. La diversification du bouquet énergétique, le développement des énergies renouvelables et l’amélioration de l’approvisionnement doivent accompagner cette ambition. Mais les orientations politiques ne suffisent pas : leur réussite dépendra des investissements, des infrastructures, des compétences disponibles et de la capacité à associer les populations aux bénéfices de la croissance.
C’est ici que se mesure la portée du leadership de Bogolo Kenewendo. Sa mission ne consiste pas uniquement à attirer les capitaux ou à négocier de meilleurs accords commerciaux. Elle implique de veiller à ce que les richesses naturelles se traduisent par des emplois, des opportunités entrepreneuriales et une amélioration tangible des conditions de vie.
Le leadership féminin à l’épreuve des résultats
La présence d’une femme à la tête d’un ministère aussi stratégique constitue un symbole fort dans un secteur historiquement dominé par les hommes. Toutefois, réduire Bogolo Kenewendo à cette seule dimension serait passer à côté de l’essentiel. Sa légitimité repose aussi sur sa capacité à négocier, à défendre une vision économique et à inscrire les décisions immédiates dans une perspective de long terme.
Pour les jeunes Africaines, son parcours rappelle que l’accès aux postes de pouvoir est possible, y compris dans les domaines réputés les plus fermés. Mais il souligne également une exigence : la représentation doit s’accompagner de résultats et d’une transformation réelle des institutions.
Le défi reste considérable. Les recettes minières ne garantissent ni la diversification économique ni une répartition équitable des richesses. Entre ambitions industrielles, impératifs environnementaux et attentes sociales, le gouvernement devra démontrer que son modèle peut résister aux crises et produire des bénéfices durables.
Transformer la richesse en héritage
Bogolo Kenewendo incarne ainsi une ambition qui dépasse les frontières du Botswana : celle d’une Afrique capable de négocier sa place dans l’économie mondiale sans renoncer à maîtriser davantage son destin. Son action sera jugée moins à l’aune des annonces qu’à celle des emplois créés, des compétences transférées, des entreprises développées et de la valeur conservée dans le pays.
Aux âmes bien nées, la valeur n’attend point le nombre des années. Mais, en politique économique, le talent ne prend tout son sens que lorsqu’il transforme durablement la vie des citoyens. Pour Bogolo Kenewendo, le véritable succès serait que les diamants, le cuivre et les autres ressources du Botswana cessent d’être seulement des richesses du sous-sol pour devenir les fondations d’une prospérité partagée.
C’est à cette condition que son leadership pourra inspirer bien au-delà de son pays.
NINELLE ELENGA