À Rome, le 15 octobre 2026, la FAO a retenu Brenda Tsiba Djouassa parmi ses « 100 héroïnes des systèmes agroalimentaires et du développement rural ». Fondatrice de Brendi, une marque gabonaise de petits pots et compotes pour bébés, elle incarne une trajectoire assez rare : celle d’une jeune entrepreneure qui ne se contente pas...

Photo D.R.

À Rome, le 15 octobre 2026, la FAO a retenu Brenda Tsiba Djouassa parmi ses « 100 héroïnes des systèmes agroalimentaires et du développement rural ». Fondatrice de Brendi, une marque gabonaise de petits pots et compotes pour bébés, elle incarne une trajectoire assez rare : celle d’une jeune entrepreneure qui ne se contente pas de produire localement, mais qui entend transformer la manière dont le Gabon nourrit ses enfants.

 Une distinction, un signal

La reconnaissance internationale dépasse le symbole. Sur plus de 600 candidatures, la FAO a distingué une entrepreneure gabonaise pour son engagement en faveur de la nutrition infantile. Cette sélection intervient dans le cadre de l’Année internationale des agricultrices 2026, qui met en lumière le rôle des femmes dans la sécurité alimentaire, l’accès aux marchés, la préservation des savoirs et la création d’emplois ruraux.

Pour le Gabon, pays richement doté en ressources mais historiquement dépendant de produits importés, le message est clair : l’avenir alimentaire ne se jouera pas seulement dans les grands discours ou les investissements massifs. Il se construit aussi dans des unités de transformation, des filières locales et des produits pensés pour les besoins concrets des familles.

De la maternité à l’entreprise

Née à Libreville en 1998, Brenda Tsiba Djouassa appartient à une génération qui a fait de l’entrepreneuriat une réponse aux failles du quotidien. Mère de trois enfants, elle a conçu Brendi à partir d’un besoin simple : offrir aux tout-petits une alimentation saine, pratique et adaptée aux habitudes locales.

Son projet est parti d’une initiative artisanale avant de devenir une entreprise structurée. Brendi fabrique des petits pots et des compotes à base d’ingrédients naturels et locaux. Ce choix n’a rien d’anodin : il relie la nutrition infantile à la valorisation des produits du terroir, deux enjeux souvent traités séparément dans les politiques publiques.

L’entreprise ne vend pas seulement un aliment. Elle propose une alternative à une dépendance croissante aux produits importés, souvent plus chers, moins adaptés aux goûts locaux et plus vulnérables aux tensions logistiques internationales. En ce sens, Brendi participe à une forme discrète mais stratégique de souveraineté alimentaire.

Nourrir, mais aussi structurer

Le mérite de Djouassa réside dans sa capacité à relier trois défis: la santé des enfants, la transformation locale et l’entrepreneuriat féminin. La nutrition infantile est un enjeu de santé publique, mais elle est aussi un marché. Le développement d’une offre locale de qualité peut créer de la valeur, soutenir des producteurs et réduire la dépendance aux importations.

Cette approche rejoint une évolution plus large au Gabon, où les femmes occupent une place croissante dans des secteurs économiques décisifs, même si leur accès aux postes de décision reste limité. La trajectoire de Djouassa illustre donc une double avancée : une femme qui entreprend, et une entreprise qui fait de l’alimentation un levier de développement.

Les obstacles restent réels

Il serait toutefois trompeur de réduire son parcours à une success story. L’agroalimentaire exige des investissements en équipement, en hygiène, en logistique froide, en contrôle de qualité et en distribution. Dans un pays où les chaînes d’approvisionnement peuvent être fragiles, passer d’une production artisanale à une industrialisation maîtrisée constitue un défi majeur.

Le prix reste également un enjeu. Les produits locaux peuvent séduire par leur qualité, mais ils doivent rester accessibles aux familles. Sans mécanismes de financement adaptés, sans appui à la transformation et sans débouchés stables, beaucoup d’initiatives prometteuses peinent à changer d’échelle.

Un modèle à amplifier

La distinction de la FAO offre à Brenda Tsiba Djouassa une visibilité précieuse, mais elle doit surtout devenir un accélérateur. Accès aux financements, formations techniques, facilitations administratives, contrats avec les structures de santé et les distributeurs : autant de leviers qui pourraient permettre à Brendi d’élargir son impact.

Djouassa ne « nourrit » pas seulement les bébés gabonais. Elle nourrit une idée : celle d’un Gabon capable de produire, de transformer et de consommer localement, avec des standards élevés. Si son exemple inspire d’autres femmes et jeunes entrepreneurs, la reconnaissance reçue à Rome aura dépassé le rang de distinction individuelle pour devenir un signal de politique économique.

ALIDA RANDET

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