Et si le retour en Afrique n’était pas seulement une affaire de géographie, mais une histoire de parcours, de transmission et de reconstruction ? Depuis plusieurs années, Laurence Guerrier explore cette question à travers Joyful Return, un projet médiatique consacré à celles et ceux qui entretiennent un lien particulier avec le continent. Une aventure qui dit autant quelque chose de ses invités que de celle qui les écoute, les questionne et raconte leurs trajectoires.
Avant de devenir le visage de Joyful Return, Laurence Guerrier a construit son parcours dans l’univers de la communication et des médias. Formée au Media Institute, elle a multiplié les expériences professionnelles dans des environnements très différents : Wagram Music, Havas Worldwide Paris, l’Association M3, Lagardère Publicité News ou encore Keyzit. Cette trajectoire lui permet d’acquérir une connaissance à la fois de la communication, de la télévision, du marketing et de l’événementiel. En 2017, elle fonde également Noyacom, une structure consacrée au conseil en communication, marketing et événementiel.
Mais derrière cette carrière de communicante se dessine progressivement une autre histoire : celle d’un rapport de plus en plus étroit avec l’Afrique. Le Bénin occupe notamment une place importante dans cette trajectoire. Laurence Guerrier évoque elle-même son « aventure béninoise » et raconte comment certaines rencontres effectuées lors de son arrivée dans le pays ont resurgi des années plus tard devant sa caméra. Le temps devient alors un élément essentiel de son travail : les personnes qu’elle rencontre ne sont pas seulement filmées à un instant donné, elles sont inscrites dans des histoires plus longues, faites de départs, de retours, d’essais et parfois de recommencements.
C’est dans cette logique qu’apparaît Joyful Return, lancé en 2022 sous la forme d’un podcast. Dès sa bande-annonce, Laurence Guerrier définit son ambition : partir à la rencontre des « amoureux de l’Afrique », qu’ils soient Africains, « repats », Afro-descendants, issus des anciennes colonies ou simplement attachés au continent. L’objectif n’est pas uniquement de raconter des réussites. Il s’agit de mettre en lumière des parcours, des questionnements et des cheminements individuels.
Le concept est intéressant parce qu’il s’éloigne du récit traditionnel consacré à l’expatriation. Joyful Return ne raconte pas seulement ceux qui arrivent en Afrique ; il raconte pourquoi ils viennent, ce qu’ils espéraient y trouver et ce que le terrain leur apprend.
Les épisodes consacrés au Bénin illustrent cette diversité. Il y a les parcours entrepreneuriaux, comme celui d’Aurélie Caci, ancienne auxiliaire de puériculture en France devenue architecte d’intérieur après son installation au Bénin. Il y a également des histoires de retour aux racines, comme celle de Grégoire Tamegnon, revenu à Djeffa après 45 années passées en France avec l’envie de mettre son expérience au service de sa communauté.
Mais l’une des forces du concept réside peut-être dans sa capacité à montrer l’envers du rêve africain. Dans un épisode consacré à un couple d’origine antillaise installé au Bénin, Laurence Guerrier donne à entendre les difficultés liées au financement, à l’adaptation culturelle, à l’isolement ou encore à la pression familiale. Le projet connaît des obstacles et les enfants repartent temporairement en France. L’Afrique rêvée se confronte alors à l’Afrique vécue.
Cette dimension apporte une nuance importante au discours sur le retour. Car revenir ou s’installer en Afrique ne signifie pas nécessairement retrouver immédiatement un « chez-soi ». Pour certains membres de la diaspora, le retour peut paradoxalement être une nouvelle expérience d’immigration. On peut avoir les mêmes racines et devoir néanmoins apprendre de nouveaux codes, comprendre un nouvel environnement économique et accepter de redevenir débutant.
Le portrait de Maxime Victor résume particulièrement bien cette philosophie. Après plus de vingt ans d’entrepreneuriat au Canada, celui-ci choisit de repartir au Bénin. Laurence Guerrier retient notamment cette idée : dans son nouveau pays, il doit accepter de « redevenir le petit ». Autrement dit, l’expérience accumulée ailleurs ne dispense pas de l’humilité nécessaire pour comprendre un nouveau marché et un nouvel environnement.
C’est peut-être là que se situe la véritable singularité de Joyful Return. Laurence Guerrier ne présente pas l’Afrique comme une destination miraculeuse, ni comme une terre où tous les projets seraient voués à réussir. Elle s’intéresse davantage aux femmes et aux hommes qui prennent le risque d’y construire quelque chose. Elle observe leurs réussites, mais aussi leurs doutes, leurs erreurs et leurs réajustements.
Son travail accompagne ainsi une transformation profonde du regard porté sur le continent. L’Afrique n’est plus seulement racontée depuis l’Europe, à travers les statistiques, les crises ou les clichés. Elle est racontée par ceux qui y vivent, ceux qui y reviennent et ceux qui choisissent d’y bâtir une nouvelle partie de leur existence.
Avec Joyful Return, Laurence Guerrier a finalement créé davantage qu’un média consacré au retour en Afrique. Elle a ouvert un espace où se rencontrent diaspora, identité, entrepreneuriat, transmission et quête de sens. Une conversation à plusieurs voix sur une question qui dépasse largement le simple retour au pays: qu’est-ce que signifie, aujourd’hui, choisir l’Afrique ?
Et c’est précisément parce que les réponses sont différentes pour chacun que Laurence Guerrier continue de poser la question, caméra à l’épaule, au fil de ses rencontres.
MAURICETTE AQUEREBURU