Première femme à prendre les commandes de FirstRand, l’un des plus puissants groupes financiers d’Afrique, la Sud-Africaine Mary Vilakazi incarne une nouvelle génération de dirigeantes africaines. Son accession au sommet de la banque interroge autant la place des femmes dans les sphères économiques que les ambitions d’un secteur financier confronté à de profondes mutations.
Dans l’univers feutré de la haute finance, où les postes de direction restent majoritairement masculins, certaines nominations revêtent une portée qui dépasse les frontières de l’entreprise concernée. Celle de Mary Vilakazi à la tête de FirstRand appartient à cette catégorie. Depuis le 1er avril 2024, cette dirigeante sud-africaine est la première femme à occuper le poste de directrice générale du groupe, acteur majeur du paysage bancaire africain.
Derrière cette première historique se dessine le parcours d’une professionnelle dont l’ascension repose sur la maîtrise des chiffres, l’expérience opérationnelle et une connaissance approfondie des mécanismes financiers. Mais son arrivée au sommet soulève également une question essentielle : la progression des femmes vers les postes de pouvoir économique annonce-t-elle une transformation durable du capitalisme africain ?
Une ascension construite sur l’expertise
Mary Vilakazi n’est pas arrivée à la tête de FirstRand par hasard. Avant de rejoindre le groupe en 2018 comme directrice générale des opérations, elle a évolué dans l’audit, la comptabilité et les services financiers. Elle a notamment exercé les fonctions de directrice financière du Mineral Services Group, puis de directrice générale adjointe de MMI Holdings, acteur sud-africain de l’assurance et des services financiers.
Son parcours chez FirstRand lui a permis de participer aux orientations stratégiques du groupe, notamment en matière de diversification, d’assurance et de développement des activités sur d’autres marchés africains. Cette connaissance interne a facilité une succession préparée, plutôt qu’une rupture dans la gouvernance.
Cette trajectoire rappelle une réalité souvent négligée : l’accès des femmes aux plus hautes responsabilités ne dépend pas uniquement de leur présence dans les organisations. Il suppose aussi leur intégration dans les circuits de décision, leur accès aux fonctions opérationnelles stratégiques et leur participation aux choix qui déterminent la croissance des entreprises.
FirstRand, un géant aux ambitions continentales
Diriger FirstRand, c’est prendre les commandes d’un groupe dont les activités dépassent largement le cadre d’une banque traditionnelle. Son portefeuille comprend notamment First National Bank (FNB), Rand Merchant Bank (RMB) et WesBank, présents dans différents segments des services financiers, du financement des entreprises au crédit spécialisé.
La dimension du groupe donne toute sa portée à la nomination de Mary Vilakazi. Les décisions prises à sa tête concernent la rentabilité, la gestion des risques, le financement des entreprises, l’innovation numérique et la capacité à accompagner les transformations économiques des marchés où il opère.
Les résultats constituent, à cet égard, un indicateur important. Au premier semestre de l’exercice 2026, clos le 31 décembre 2025, FirstRand a enregistré une progression de 11 % de son bénéfice normalisé, tandis que son rendement des fonds propres atteignait 21,1 %. Ces performances témoignent d’une dynamique financière favorable, même si elles ne suffisent pas, à elles seules, à mesurer l’ensemble des effets de la stratégie de sa dirigeante.
Le défi consiste désormais à maintenir cette capacité de création de valeur dans un environnement marqué par les exigences réglementaires, les risques de crédit, la concurrence des fintechs et l’évolution rapide des usages bancaires. La solidité d’un groupe de cette taille se mesure aussi à sa faculté de financer l’économie réelle, d’accompagner les petites et moyennes entreprises et de répondre aux besoins d’une clientèle de plus en plus connectée.
Le symbole d’une nouvelle génération de dirigeantes
La nomination de Mary Vilakazi possède également une dimension sociale. En devenant la première femme à diriger FirstRand, elle contribue à élargir les représentations du pouvoir économique en Afrique du Sud. Son parcours peut encourager de jeunes femmes à envisager des carrières dans la finance, l’audit, la gestion des risques ou la direction générale.
Cette visibilité est importante dans un secteur où les compétences féminines sont présentes, mais où l’accès aux plus hauts niveaux hiérarchiques demeure un enjeu.
La question ne se résume cependant pas à placer une femme à la tête d’une institution. Elle consiste à transformer les conditions de progression professionnelle, à favoriser la diversité des profils dans les instances dirigeantes et à construire des mécanismes de succession qui ne reposent pas sur des exceptions individuelles.
Mary Vilakazi a elle-même souligné l’importance des occasions qui lui ont été offertes au fil de sa carrière, notamment grâce à des bourses et à des programmes de formation. Son itinéraire rappelle ainsi le rôle déterminant de l’accès à l’éducation, du mentorat et de l’identification précoce des talents.
Au-delà du symbole, l’épreuve des résultats
L’histoire retiendra peut-être que Mary Vilakazi a ouvert une porte longtemps restée fermée chez FirstRand. Mais la portée de son mandat se mesurera aussi à la performance durable du groupe, à sa capacité d’innovation et à sa contribution au financement des économies africaines.
Son exemple ne saurait, à lui seul, résoudre les inégalités structurelles qui traversent le monde professionnel. Il démontre néanmoins que les plus hautes fonctions financières peuvent être occupées par des dirigeantes dont l’expérience et les compétences s’inscrivent dans les exigences d’un environnement particulièrement concurrentiel.
Dans une Afrique qui cherche à mobiliser davantage de capitaux pour accélérer sa transformation, Mary Vilakazi représente ainsi bien plus qu’une première nomination féminine. Elle incarne l’enjeu d’une finance africaine capable de conjuguer performance, renouvellement des talents et ouverture des responsabilités. La véritable révolution ne sera pas qu’une femme dirige FirstRand, mais que son accession au sommet contribue à rendre cette exception progressivement ordinaire.
MAURICETTE AQUEREBURU