Du 28 septembre au 3 octobre 2026, Salé a accueilli la 19e édition du Festival international du film de femmes de Salé (FIFFS). Plus qu’une célébration de la création féminine, l’événement s’est affirmé comme un espace de débat sur les conditions d’accès des femmes aux financements, aux réseaux professionnels et aux postes de décision dans le cinéma.
Depuis sa création, ce festival a contribué à installer dans le paysage culturel marocain un rendez-vous consacré aux réalisatrices, aux actrices et, plus largement, aux figures féminines qui façonnent le septième art. Organisé par l’Association Bouregreg, il a réuni pendant six jours des projections, rencontres et hommages, autour d’œuvres marocaines et internationales. Mais la 19e édition a surtout souligné que la question de la visibilité ne peut être dissociée de celle des moyens réels accordés aux femmes pour créer.
La programmation et les échanges autour du festival mettent ainsi en lumière une réalité essentielle : être présente à l’écran, sur un tapis rouge ou dans une sélection officielle ne garantit pas, à elle seule, une égalité de carrière. Dans le cinéma, l’accès aux financements, à la production et à la diffusion reste déterminant. C’est à ce stade, souvent moins médiatisé que les cérémonies ou les avant-premières, que se construisent les écarts. Un projet peut être remarqué pour son écriture ou sa réalisation, sans pour autant obtenir les partenaires, le budget ou la distribution nécessaires à son existence publique.
En choisissant de placer les conditions d’accès au financement et les opportunités professionnelles au cœur de sa réflexion, le Festival international du film de femmes de Salé déplace donc le débat. Il ne s’agit plus seulement de compter les femmes présentes dans les œuvres ou les compétitions, mais d’observer leur capacité à initier des projets, à les conduire jusqu’à leur aboutissement et à en conserver la maîtrise artistique. Cette orientation donne au festival une portée qui dépasse le seul cadre culturel : elle interroge les mécanismes économiques et relationnels qui organisent l’industrie cinématographique.
Le rendez-vous salétin a également valorisé les parcours de professionnelles du secteur. Cette dimension est loin d’être secondaire. Dans un milieu où les collaborations, la réputation et les réseaux jouent un rôle important, les rencontres entre artistes, productrices, distributrices, critiques et institutions peuvent ouvrir des perspectives concrètes. Elles créent des espaces d’échange, mais aussi de reconnaissance entre pairs. Pour de nombreuses cinéastes, la possibilité d’être vue, entendue et mise en relation peut peser sur la suite d’un projet ou d’une carrière.
La présence féminine sur le tapis rouge, présentée comme l’un des moments forts de la manifestation, a aussi une valeur symbolique. Elle rend visibles des femmes souvent réduites, dans l’imaginaire médiatique, à leur rôle d’interprètes plutôt qu’à leur travail d’autrices, de réalisatrices, de productrices ou de techniciennes. Or le cinéma se fabrique autant derrière la caméra que devant elle. Faire émerger ces métiers et ces responsabilités participe à modifier les représentations d’un secteur encore largement associé à des figures masculines de pouvoir et de création.
Pour autant, cette visibilité ne peut constituer une fin en soi. Le défi consiste à faire en sorte que la reconnaissance ponctuelle générée par un festival se traduise par des résultats durables : davantage de projets soutenus, une présence accrue des femmes dans les équipes techniques et les instances de sélection, ainsi qu’un accès plus équilibré aux budgets et à la distribution. En ce sens, le FIFFS rappelle qu’une industrie culturelle inclusive ne se limite pas à programmer des films de femmes ; elle suppose de transformer les conditions dans lesquelles ces films peuvent être produits, financés et montrés.
À Salé, du 28 septembre au 3 octobre 2026, le cinéma au féminin a ainsi été envisagé non comme une catégorie à part, mais comme un enjeu central pour l’avenir du secteur. La 19e édition du festival a porté une idée simple : la visibilité des femmes dans le septième art n’a de véritable portée que lorsqu’elle s’accompagne d’une capacité égale à créer, décider et raconter le monde.
MAURICETTE AQUEREBURU