Au-delà du prestige, le défi est de transformer cet équipement en moteur durable d’emplois, d’investissements et de retombées pour les populations locales.
Entre l’océan Atlantique et la lagune, le premier parcours de golf de 18 trous du Bénin incarne une nouvelle ambition touristique. Avlékété, dans la commune de Ouidah, le paysage touristique béninois s’apprête à changer de dimension. Avec le Ouidah Golf Club, le Bénin mise sur un équipement encore rare dans la sous-région pour élargir son attractivité et séduire une clientèle internationale. Aménagé entre l’Atlantique et la lagune, ce parcours de 18 trous ne constitue pas seulement une infrastructure sportive : il s’inscrit dans une stratégie plus vaste de diversification économique et de valorisation du littoral.
Du tourisme mémoriel au tourisme d’expérience
Jusqu’ici, Ouidah a largement construit sa notoriété internationale autour de son histoire, de la traite négrière, de la Route des Esclaves et de son patrimoine culturel et spirituel. La Porte du Non-Retour, le Temple des Pythons et la forêt sacrée de Kpassè figurent parmi les lieux emblématiques de cette destination.
Le golf ouvre une autre perspective. Il invite à découvrir la ville sous l’angle des loisirs, du sport et de l’hospitalité haut de gamme. Son environnement naturel, entre dunes, plans d’eau et végétation côtière, constitue un argument de différenciation. L’ambition est de faire coexister tourisme de mémoire, découverte culturelle et séjours de loisirs, plutôt que de les opposer.
Cette diversification répond à un enjeu stratégique : augmenter la durée des séjours, élargir les profils de visiteurs et multiplier les dépenses réalisées sur le territoire. Le golf peut notamment attirer des amateurs internationaux, des cadres d’entreprise et des voyageurs de la diaspora, à condition que l’offre soit accompagnée de services fiables et d’une véritable expérience touristique.
Un investissement qui doit irriguer l’économie locale
Le potentiel du Ouidah Golf Club ne se mesure pas uniquement à la qualité de ses installations. Il dépendra aussi de sa capacité à créer de la valeur autour de lui. Restauration, hébergement, transport, entretien, formation, artisanat et activités culturelles peuvent bénéficier de l’arrivée de nouveaux visiteurs.
La préparation du lancement commercial, annoncé pour le premier trimestre 2027, comprend déjà la formation de personnels opérationnels et des recrutements. En septembre 2026, une première équipe de 23 collaborateurs était engagée dans une formation destinée notamment aux métiers de caddie et d’accueil.
Ces initiatives constituent un premier indicateur encourageant. Mais leur portée devra être évaluée dans la durée : combien d’emplois seront effectivement créés ? Quelle part reviendra aux habitants de la localité ? Les entreprises béninoises pourront-elles intégrer les chaînes d’approvisionnement du complexe ? L’enjeu est de faire du tourisme un secteur qui diffuse ses bénéfices, plutôt qu’une activité isolée derrière les portes d’un équipement prestigieux.
Le défi de l’inclusion et de l’environnement
L’aménagement touristique d’Avlékété soulève également une question sociale. Des maraîchers ont été affectés par les projets de développement de la zone, ce qui a conduit les autorités à prévoir un site de réinstallation destiné à permettre la poursuite de leurs activités agricoles.
Cette dimension rappelle une réalité essentielle : le développement touristique ne peut être considéré comme une réussite si ses coûts sont supportés principalement par les populations riveraines. La qualité de la réinstallation, la restauration des revenus et l’accès aux nouvelles opportunités économiques devront donc faire partie du bilan du projet.
La question environnementale est tout aussi importante. Entre mer et lagune, le site se trouve dans un espace littoral fragile, exposé aux risques d’érosion, de submersion et de dégradation des écosystèmes. L’entretien d’un parcours de golf exige par ailleurs une gestion rigoureuse de l’eau, des sols et des produits utilisés. La pérennité du projet dépendra de la capacité de ses responsables à concilier exigences sportives et préservation des ressources naturelles.
Faire du golf un levier de rayonnement
Le Ouidah Golf Club s’inscrit dans un programme touristique plus large à Avlékété, qui prévoit notamment des hébergements, des restaurants et des activités de loisirs. La Route des Pêches doit contribuer à relier ces investissements et à améliorer l’accessibilité de la zone.
Le pari est donc celui d’une destination intégrée, capable de retenir les visiteurs au lieu de se limiter à une excursion depuis Cotonou. Encore faudra-t-il assurer la cohérence des infrastructures, la qualité de l’accueil, la promotion internationale et la complémentarité entre opérateurs publics et privés.
Le golf peut également contribuer à démocratiser une discipline peu implantée au Bénin. Les initiatives de formation et les partenariats éducatifs annoncés ouvrent une perspective intéressante : faire émerger une nouvelle génération de pratiquants et de professionnels locaux, au-delà de la seule clientèle aisée.
En définitive, le Ouidah Golf Club représente un pari sur l’avenir du tourisme béninois. Son succès ne se résumera ni à la beauté de ses fairways ni au prestige de ses visiteurs. Il se jugera à sa capacité à créer des emplois durables, à soutenir les entreprises locales, à respecter les équilibres environnementaux et à renforcer l’attractivité de la ville de Ouidah sans effacer son identité. C’est à cette condition que le Bénin pourra transformer un équipement de prestige en véritable instrument de développement.
MARIUS DE DRAVO